Travail de synthèse portant sur l'ouvrage de
Olivia Gazalé
« Le mythe de la virilité, un piège pour les deux sexes »
Robert Lafont 2017
Nombre des hommes qui viennent consulter dans mon cabinet cherchent à s'émanciper d'un rapport aux femmes dans lequel ils ne se retrouvent plus et dans lequel ils estiment être des victimes. Celles-ci auraient, selon eux, « renversé la table », « fait bouger les lignes », « cassé les codes », « inversé les rôles »... elles auraient inversé le rapport de forces et de "dominées" seraient devenues "dominantes"... dictant leurs besoins, leurs désirs, exprimant clairement leurs attentes dans tous les domaines, jouissant (toujours selon eux) des droits et des pouvoirs qu'elles auraient arrachés à l'homme.
Nombre des femmes qui consultent dans mon cabinet, déplorent l'incapacité de leur compagnon à sortir des comportements ordinairement référés à l'archétype masculin (émotions systématiquement contenues, explosions verbales – voire passages à l'acte violent en cas de désaccord, emprise – contrôle exercé consciemment ou inconsciemment,...). Je peux également faire référence à certaines autres de mes patientes qui, au contraire, déplorent explicitement concernant leur conjoint : le manque « d'affirmation », « d'engagement et de prise de décision », « de laxisme »,... « le défaut de virilité » de leur partenaire.
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1.
La hiérarchie entre les sexes a longtemps constitué le fondement de l'ordre social dans un monde qui, depuis plusieurs millénaires, a toujours "appartenu aux hommes".
De "femme objet", la femme est devenue "femme sujet" et en droit, l'égale de l'homme[1]. L'environnement sociopolitique lui-même tend à se "féminiser", les politiques de protection, d'éducation, de solidarité tiennent le "haut du pavé". La façon de penser elle-même tend à se féminiser dans des raisonnements moins binaires, plus transversaux, plus horizontaux, moins dogmatiques. "L'état providence" s'inspirerait d'un modèle maternel qui paraît s'imposer progressivement[2].
2.
Ce rééquilibrage historique des pouvoirs est souvent mal vécu par des hommes inquiets de voir ces conquêtes féministes les priver de tous les attributs phalliques.
Soumis à la féminisation du cadre social, l'homme contemporain vivrait le trouble identitaire le plus important de son histoire. Il serait alors urgent de restaurer cette virilité défaillante, voire de revenir à une société patriarcale à leurs yeux plus rassurante. Pour l'heure, le genre masculin reste "troublé" et décline ce trouble selon des modalités diverses allant de la "dépression à bas bruit" au "burn out" en passant par diverses addictions, voire par des passages à l'acte violent... sans parler des problèmes d'érection, voire d'infertilité.
L'émancipation féminine serait-elle la cause de cette fragilisation masculine ? Peut-on prendre en compte la détresse de l'homme contemporain... sans accabler le genre féminin ?
3.
Si incontestable soit-il, il semble que le malaise masculin résulte moins de la "révolution féministe", que du piège que l'homme s'est historiquement tendu à lui-même il y a 3000 ans, quand il a mis fin (entre le 3ème et le 1er millénaire avant Jésus Christ) au "monde mixte" dans lequel les droits et les libertés des femmes étaient beaucoup plus larges et respectées. Le féminin y était non seulement parfaitement reconnu, mais surtout divinisé.
C'est bien l'homme qui alors a avancé le récit de la supériorité virile que la mythologie, la religion, voire la science, vont consolider au fil des siècles. L'idée fondatrice étant que "la nature" a créé deux entités diamétralement opposées, l'une étant faite pour soumettre l'autre.
Dans ce schéma binaire, l'homme est "naturellement" fort, courageux, actif, stable, capable de raisonner rigoureusement quand la femme est "naturellement" programmée pour être maternelle, douce, aimante, instable, émotive, irrationnelle... La "nature" aurait créé ces deux entités fixes et complémentaires, inscrites non seulement dans les corps mais régissant l'ordre symbolique de la civilisation.
4.
Cet ordre des choses ne pouvait que se défaire peu à peu, non seulement parce qu'il était profondément déséquilibré au détriment du genre féminin opprimé, mais aussi (et surtout) parce qu'il aliénait les hommes eux-mêmes.
Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, c'est au déclin du système "viriarcal"[3] et à la déconstruction du mythe de la virilité. Les transformations du monde social et économique ont discrédité les valeurs érigées précédemment comme viriles : la force, le combat, la puissance...
Le modèle normatif de la virilité est en crise. En clair, il se transforme car les femmes comme les hommes ont toujours souffert de s'y sentir enfermées. Du reste, la virilité a constamment douté d'elle-même ; chaque génération regrette l'époque où les hommes étaient de "vrais" hommes (et les femmes de "vraies" femmes !). Chaque siècle s'attache à ressusciter une nostalgie de la virilité perdue ; tantôt c'est le relâchement des mœurs ou le laxisme de l'éducation ou l'égalisation des pouvoirs affectés à chacun des sexes. La crise est d'autant douloureuse que l'homme est supposé "naturellement" porter une potentialité virile qu'il est sommé de manifester sous peine de déchoir.
Comme "la femme ne nait pas femme, mais le devient", "l'homme ne nait pas homme mais le devient "et doit pouvoir le demeurer en prouvant sans cesse, par ses actes, sa virilité... si bien que celle-ci devient vite un piège, une performance imposée, un idéal contraignant.
5.
Le "cahier des charges" de "l'homme viril", "l'homme", "le vrai"... c'est avant tout ne pas être une femme!
Le système viriarcal ne régit pas seulement la domination de l'homme sur la femme, mais la domination des mâles entre eux, de l'homme viril sur l'homme dit "efféminé". Le bannissement des hommes présentant des comportements "efféminés" est, partout dans le monde, intraitable. La perception de la féminité est conçue comme une déchéance dans la mesure où elle souligne l'inquiétude fondamentale de l'homme quant à son identité sexuée ; ce sentiment de menace permanente, de vulnérabilité... qui le condamne à faire la démonstration constance qu'il est bien un homme et non ni une femme, ni un homosexuel. De façon à ne jamais laisser planer le doute, il faut à l'homme toujours témoigner de sa virilité. Tout se passe comme si la virilité, jamais sûre d'elle, devait être systématiquement reconnue, confortée. D'où l'importance des signes extérieurs de puissance virile (pouvoir, argent, voiture, etc.) ou des rites de passage dans la communauté des hommes. L'identité mâle serait-elle aussi ambigüe qu'elle en deviendrait angoissante ? Force est de constater que les hommes eux-mêmes ont toujours cherché à ne pas être complètement "enfermés" dans la polarité masculine du genre humain. Les coquetteries des dandys, le rapport à l'androgynie, les habits des mignons du roi, les bijoux arborés par les plus virils des hommes... témoignent de ces ambivalences et de la construction fluctuante des genres.
6.
Les grandes peurs de la castration et de l'impuissance. Dans la littérature, l'apparition du thème de la virilité ne date pas d'hier.
C'est dans l'Iliade qu'apparaît pour la première fois cet idéal physique et moral qui dote les mâles d'une supériorité incontestable, celle qui s'exprime dans la Raison, inaccessible aux femmes. Alors que l'homme opère dans la lumière éblouissante du logos, la femme s'abandonne dans les profondeurs insondables de l'Eros et ensorcelle les hommes de sa séduction maléfique. Eros n'est jamais loin de Thanatos et la femme va vite être assimilée à la mort et à ses attributs corolaires : la passion, la folie, l'impureté, le démoniaque. C'est sur cette conception manichéenne du rapport des sexes que les 25 siècles qui suivent s'établiront. La religion va prendre le relais de ce récit mythologique avec Eve, la tentatrice, qui entraînera Adam et tous ses descendants dans sa chute. Avec Eve, c'est le péché qui entre dans le monde ; la femme apparaît dès lors comme la prédatrice cruelle et maléfique, comme la fornicatrice insatiable.
Comme si l'infériorisation de la femme devait rassurer l'homme dans sa construction identitaire... sa diabolisation va amplifier la double hantise masculine : celle de la castration par engloutissement dans les profondeurs infernales du vagin et celle de l'impuissance quand un seul homme ne saurait satisfaire les besoins insatiables de la femme.
La perte involontaire de sang (écoulements menstruels) est opposée à la maîtrise mâle du sperme. L'homme est ainsi celui qui "se gouverne" et agit pour cela, quand la femme "se subit".
Dès lors le piège se construit. L'homme doit faire constamment preuve de son infaillible ardeur sexuelle ; l'impuissance est honnie et l'échec honteux. L'idéal de virilité s'est toujours manifesté et depuis que la performance a été érigée en vertu cardinale, à cet idéal s'ajoute l'injonction nouvelle à faire jouir sa partenaire. L'idéal viril ne se définit pas tant par l'exercice de la puissance que par l'angoisse de l'impuissance, de la défaite guerrière, sportive, professionnelle ou sexuelle.
Le mythe de la surpuissance mâle ressurgit dès que le modèle de virilité est menacé. De la "queue de poisson" sur la route, au coup de sang violent, la virilité doit se régénérer en ressuscitant les modèles du chasseur, du chevalier ou du guerrier, en confondant virilité et violence sadique.
Et c'est là que le piège se referme cruellement ; le modèle normatif de la virilité n'assure pas uniquement la domination de l'homme sur la femme ou sur l'homme efféminé... il assure la domination du maître sur l'esclave ou sur le "sous homme". La supériorité des uns suppose nécessairement l'infériorisation des autres, qu'ils soient juifs, arables, mécréants...
La comparaison hiérarchisante avec l'autre est centrale dans la construction de la virilité « tant il est vrai qu'être un homme... c'est dominer ». Pas de domination sans mépriser, voire humilier l'autre.
De nos jours on peut constater que la virilité subit effectivement une crise significative, mais n'est-ce pas là une opportunité offerte à l'homme afin se réinventer de façon à sortir du piège qui lui est tendu depuis trois millénaires… et qui fait sa douleur ?
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[1] Il s'agit ici de la "femme occidentale". De nombreux contre exemples peuvent être malheureusement observés dans des pays différents dans leur économie et dans leur culture.
[2] Observation concernant le "temps long". L'actualité réserve à contrario une tendance au raidissement (qui pourrait être interprété comme une résistance à la féminisation des rapports sociaux).
[3] Olivia Gazalé préfère avancer le terme de viviarcal en lieu et place du patriarcat, tant il est clair que la domination du genre masculin dépassait largement l'autorité du père (Cf. la domination du frère sur la grande sœur, etc.)
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